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REVOLTE DES VIGNERONS / ARGELIERS / 1907 * 2007 |
La révolte des vignerons (1907) http://www.jtosti.com/musee/vignerons.html
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Depuis 1904, le vin du Midi ne se vend plus. Alors que le gouvernement parle de surproduction, les vignerons accusent la fraude et les importations. En février 1907, les communes d'Argelliers (Aude) et de Baixas (P-O) lancent le mot d'ordre de grève de l'impôt. La révolte commence. Du 14 avril au 9 juin, chaque dimanche, tous les viticulteurs du Languedoc-Roussillon vont se rassembler dans une ville de leur région. Le dernier meeting, tenu à Montpellier, rassemble près de 800.000 personnes. Mais, le gouvernement refusant d'écouter les revendications des vignerons, la lutte se durcit. De nombreux maires démissionnent, la grève de l'impôt devient générale. Clémenceau, alors président du Conseil, envoie la troupe et fait arrêter les meneurs, dont le maire de Narbonne, le docteur Ferroul (19 juin). Une manifestation spontanée se forme à Narbonne, dans une atmosphère tendue. Des coups de feu éclatent, six civils seront tués entre le 19 et le 20 juin, dont un enfant de quinze ans. La flambée de violence gagne Perpignan (incendie de la préfecture), Montpellier et Lodève. Il faudra toute une série de mesures réprimant la fraude pour mettre un terme au mouvement. Les viticulteurs ont tiré la leçon de leur lutte : seule l'union est efficace. La création des caves coopératives est une des principales conséquences de la révolte de 1907. |
Cela fait maintenant plus de 90 ans que se sont produits les événements dont nous allons parler, manifestations de colère, de désespoir, mais aussi d'une immense solidarité entre tous les départements viticoles du midi. Des dizaines de milliers de manifestants se retrouvent chaque semaine dans une grande ville pour y clamer leur révolte devant une situation qu'ils ne comprennent plus, des villages entiers défilent derrière des banderoles et des panneaux où l'humour, politesse du désespoir, masque une profonde amertume : le vin du midi ne se vend pas, les cours se sont effondrés depuis quatre ans, ils sont ruinés.
Le mouvement, échappant aux cadres politiques traditionnels, est parti de deux villages: Argelliers, dans l'Aude, mais aussi la commune de Baixas, qui en février 1907 décide sous l'impulsion de son maire Tarrius de pratiquer la grève de l'impôt. Très vite le mouvement fait tache d'huile et se donne un porte-parole dont l'éloquence entraînera les foules: Marcellin Albert, d'Argelliers. Le premier grand meeting a lieu à Coursan le 14 avril, et chaque dimanche on prendra l'habitude de se retrouver, de plus en plus nombreux et solidaires, pour atteindre le chiffre de 500 000 personnes (800 000 pour certains) à Montpellier, le 9 juin.
Devant l'absence de résultats, la lutte se durcit, entraînant la répression gouvernementale menée par Clémenceau, qui fait arrêter les principaux dirigeants du mouvement. La révolte pacifique et souriante devient alors émeute, souvent sous l'impulsion de provocateurs (une tactique qui depuis a fait ses preuves !). L'armée intervient de plus en plus brutalement, et le drame se produit à Narbonne le 19 et le 20 juin : six manifestants sont tués. Peu à peu le mouvement se calmera, le gouvernement ayant pris, trop tard, les mesures d'apaisement qui s'imposaient. Cette révolte de "Gueux", ainsi que les appelait Marcellin Albert, n'a jamais disparu des mémoires, où elle demeure, un peu à la manière de la Croisade des Albigeois au moyen-âge, le symbole du combat de tout un peuple contre un centralisme aveugle et despotique venu du nord.
Nous aurons l'occasion de revenir sur les événements, mais nous traiterons essentiellement la situation des Pyrénées-Orientales, avec la recherche des causes économiques, les réactions politiques et, en point d'orgue, la grande manifestation de Perpignan le 19 mai.
http://www.cepdivin.org/articles/tenaguillo02.html
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En 1906, les vignobles jeunes l'Aude produisent 8,2 millions d'hectolitres. Les importations anarchiques et les pratiques frauduleuses viennent s'ajoutent à cette énorme production provoquant la chute des cours du vin. Les manifestations se multiplient dans tout le Languedoc. Le 9 juin 1907, une foule estimée à un million de personnes manifeste à Montpellier. Le 19 juin, à Narbonne, des cuirassiers chargent et tuent un homme. Le lendemain l'armée tire sur la foule faisant cinq victimes. Mais le 17e régiment d'artillerie de Béziers, essentiellement composé de Languedociens se révolte et rejoint les manifestants. L' Assemblée nationale va prendre alors des mesures afin de "prévenir le mouillage et le sucrage des vins". C'est ainsi que sont nés, à la suite des revendications des vignerons, les services de répression des fraudes qui ont permis la mise en place des appellations d'origine pour un meilleur contrôle de la qualité des vins. |
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http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-04-17/2004-04-17-392148
Les vignerons du Midi en révolte Cent ans de combats sociaux
Le soulèvement secoue l’année 1907. Six cent mille manifestants à Montpellier, six morts à Narbonne.
Par Rémy Pech,
professeur d’histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Le Mirail, qu’il préside depuis 2001 (1).
La crise de mévente des vins, qui atteint son paroxysme en 1907, sévit depuis sept ans en Languedoc et en Roussillon. Aux fortes récoltes fournies par le vignoble français reconstitué après le phylloxera, s’ajoutent des vins importés et des vins artificiels produits en fraude au grand mécontentement des vignerons. Le 11 mars, Marcelin Albert, cinquante-cinq ans, petit propriétaire d’Argeliers, village du Minervois, entraîne 87 vignerons à Narbonne où a été dépêchée une commission d’enquête parlementaire sur la crise. Les 87 sont entendus, mais ils décident de poursuivre leur mouvement jusqu’au vote de lois contre la fraude. Autour du Comité de défense viticole d’Argeliers, qui édite un hebdomadaire largement diffusé, le Tocsin, sont organisés des meetings tous les dimanches, afin de mobiliser, avec les propriétaires, les ouvriers qui avaient mené de grandes grèves au cours des années précédentes. D’abord convoqués dans les villages du Narbonnais, les meetings investissent ensuite les villes, pour impressionner davantage la presse nationale et les pouvoirs publics. Le 5 mai, à Narbonne, Ferroul, maire socialiste et ancien député, entre en lice. Il politise le mouvement en exigeant le vote d’une loi et en fixant un ultimatum au 10 juin, assorti de la menace d’une grève de l’impôt et de la démission des municipalités. Le mouvement culmine à Montpellier le 9 juin, avec plus de 600 000 manifestants, soit plus du tiers de la population des quatre départements en révolte. À partir du 10 juin, la plupart des municipalités remettent leur démission malgré les objurgations du président du Conseil, Georges Clemenceau. Celui-ci, qui avait observé sans trop d’inquiétude la montée du mouvement, dénonce soudain un " péril réactionnaire " et taxe de menées séparatistes Albert et Ferroul pour leurs discours à tonalité régionaliste. Il fait consigner ou évacuer les régiments à recrutement local cantonnés dans les villes du Midi et les remplace par des troupes venues de loin. L’arrestation du Comité et de Ferroul fait monter la tension. Les 19 et 20 juin, à Narbonne, des fusillades font six morts, dont Cécile Bourrel, une jeune fille de vingt ans. À Perpignan, la préfecture est incendiée. À Agde, les soldats du 17e d’infanterie se mutinent, pillent une poudrière et marchent sur Béziers. Le 21 juin, Clemenceau conforte sa majorité à la Chambre et obtient, avec l’aide du Comité d’Argeliers, la reddition des mutins qui sont transférés à Gafsa, en Tunisie. Le 23 juin, Marcelin Albert, qui avait évité l’arrestation, rencontre Clemenceau, à Paris. Il accepte de prêcher le calme et se discrédite en empruntant 100 francs au président pour payer son voyage de retour. Les 29 juin et 15 juillet, sont votées des lois contre la fraude. Elles réglementent le sucrage, imposent les déclarations de récolte et le contrôle de la circulation des vins. Le Comité d’Argeliers est libéré le 2 août, et les troupes évacuent le Midi au cours de l’été. Une Confédération générale des vignerons est fondée le 22 septembre, sous la présidence de Ferroul. Les ouvriers refusent d’y adhérer, mais elle joue son rôle dans la répression des fraudes. Jusque-là réticents, les petits propriétaires commencent à se lancer dans la création de coopératives vinicoles. L’énergie manifestée au printemps 1907 n’a pas été perdue.
Le mouvement de 1907 a marqué durablement l’histoire de notre pays :
- par sa puissance et sa diversité : aux côtés des exploitants se sont rassemblés les ouvriers agricoles et les citadins frappés par la crise, offrant l’exemple d’une mobilisation générale contre le pouvoir ;
- par les méthodes mises en oeuvre : l’utilisation massive de la manifestation, le recours à la presse et l’interpellation directe du gouvernement seront systématiquement repris au cours du siècle dernier par les vignerons et les paysans français ;
- par les décisions du gouvernement : les morts de Narbonne et la mutinerie du 17e ont montré la difficulté de la répression. Les recrutements militaires seront diversifiés géographiquement, et, plus tard, apparaîtront des corps de police spécialisés ;
- par les objectifs poursuivis : au plan économique, la protection du consommateur et du producteur, par la défense du vin naturel. Bien au-delà, la révolte des vignerons a imposé une intervention régulatrice de l’État contraire aux principes du libéralisme, et qui sera encore développée au cours des années trente et cinquante.
Enfin, la lutte des Gueux de 1907 a permis de sauvegarder la vie sociale et culturelle d’une région s’étendant des Pyrénées au Rhône. À ce titre, ils ont été les promoteurs d’une forte exigence d’autonomie régionale. La volonté de vivre au pays sera partout clamée jusqu’à nos jours pour exprimer la résistance des travailleurs menacés dans leur emploi et leur mode de vie.
http://www.lexpansion.com/art/0.0.109040.0.html
Le Midi rouge
Depuis la grande révolte de 1907, la ceinture viticole - et socialiste - qui va de Nîmes à Perpignan est une terre d'embrasements.
à Narbonne, une dalle gravée sur la place de l'hôtel de ville rappelle aux passants les manifestations tragiques de vignerons, les 19 et 20 juin 1907. A Béziers, une plaque vissée sur la façade du théâtre municipal rend hommage aux « glorieux soldats du 17e », qui ont désobéi à Clemenceau qui leur intimait l'ordre de mater la révolte du Midi rouge. A Montredon-des-Corbières, début mars, entre deux manifestations musclées et un appel aux pouvoirs publics, le Comité d'action viticole, à nouveau en ébullition, rendait hommage aux victimes des violents affrontements de 1976.
1907-1976-2002... De la première révolte des vignerons à la dernière flambée de colère de leurs héritiers, la région qui s'étend de Montpellier à Perpignan vit toujours au rythme de ses vignes : elles représentaient 27 % du vignoble français en 1900 ; en 2001, le Languedoc-Roussillon a fourni 20 des 56 millions d'hectolitres de la production française, plus du tiers. Et, depuis un siècle, les viticulteurs du Midi voient revenir comme les saisons les crises de surproduction et l'effondrement des prix, dont ils rendent responsables les fraudeurs, l'Etat (ou l'Europe), la concurrence venue de l'étranger.
En 1907, cela fait déjà trois ans que les cours dégringolent. Depuis l'épidémie de phylloxéra qui a ravagé les vignes de la région à la fin du xixe siècle, tout a été replanté avec des ceps venus d'Amérique. Mais leur culture est plus coûteuse, et la plupart des exploitants privilégient les plants à hauts rendements. Résultat : une crise de surproduction qui ruine d'abord les plus petits, incapables de rembourser. La concurrence des vins d'Algérie et la fraude généralisée - nombre de négociants mouillent, sucrent ou mélangent les vins - ajoutent au ressentiment.
Au printemps 1907, tout est en place pour l'embrasement du Midi rouge, cette grande ceinture méridionale où l'on soutient le régime républicain en votant socialiste ou radical contre le drapeau blanc des royalistes. Le mouvement a un point de départ - le village audois d'Argelliers -, et un héraut - Marcellin Albert, cafetier et vigneron de 56 ans - qui mobilise grands et petits propriétaires en courant sus aux fraudeurs. Les manifestants se retrouvent chaque fin de semaine dans un lieu différent, chaque fois plus nombreux : ils sont 10 000 à Coursan le 14 avril, 150 000 à Béziers un mois plus tard, et 600 000 à Montpellier le 9 juin.
Devant le silence du gouvernement, Albert décrète la grève de l'impôt et appelle à la « démission des municipalités dans les départements fédérés » (Aude, Gard, Hérault et Pyrénées-Orientales). Alors que des dizaines de communes le suivent, Georges Clemenceau, président du Conseil, envoie la troupe contre ceux qui se sont eux-mêmes baptisés les « Gueux ». La brutalité de la répression culmine à Narbonne les 19 et 20 juin, lorsque six civils tombent sous les balles des soldats. Quelques jours plus tard, le gouvernement promulgue une loi antifraude. Le docteur Ferroul, maire socialiste de Narbonne, devient le premier président de la Confédération générale des vignerons du Midi, dont la création marque la fin de la jacquerie et la naissance de la tradition coopérative de la viticulture méridionale.
Aujourd'hui, à Narbonne, Ferroul est un colosse de bronze et, sur le socle d'un monument que les municipalités du Midi rouge réservent d'ordinaire à Jean Jaurès, on peut lire l'hommage au « tribun véhément entraîneur de foules [...] qui servit avec ferveur [la terre d'oc] ». Plus loin, sur les murs du palais des Archevêques, une inscription en quatre langues explique aux touristes que, « par leur action, les vignerons du Midi ont imposé la création de leurs organisations professionnelles et la mise en place d'une législation viticole, incluant d'efficaces moyens de contrôle pour la production et la commercialisation du vin naturel ». Le combat des Gueux de 1907 reste ainsi une éternelle référence pour les générations de viticulteurs qui leur ont succédé. Dans les années 70, alors que l'Europe viticole se met en place dans la douleur, les comités d'action créés en 1961 mènent à leur tour la révolte, marquée elle aussi par un épisode tragique : en 1976, un CRS et un viticulteur sont tués à Montredon (Aude) au cours d'une manifestation qui finit en fusillade.
Depuis quelques mois, les hauts lieux du Midi rouge revivent les temps de crise et de colère. Confrontés à l'effondrement des cours et à la concurrence des vins venus, cette fois, d'Amérique latine et d'Australie, une majorité des 40 000 viticulteurs que compte aujourd'hui le Languedoc-Roussillon réclament la mise en oeuvre des mesures d'aide à la restructuration du vignoble et à la distillation, qui permettrait d'écouler les excédents. Ils ont bloqué les péages de l'autoroute qui passe au milieu des vignes, incendié des pneus sur les voies ferrées, saccagé les locaux d'un négociant soupçonné de fraude. A Béziers, le 16 janvier, une manifestation s'est terminée dans les fumées lacrymogènes. Elle avait démarré devant le théâtre municipal, au bout des allées Paul-Riquet, ces Champs-Elysées du Languedoc où, en 1907, les soldats du 17e avaient fraternisé avec les vignerons du Midi rouge
.http://www.bruno.trinquier.com/1907/19077.html
http://perso.wanadoo.fr/limoux/rue28.htm
C'est
le 29 décembre 1921, à midi et demi, au milieu des tourbillons d'un vent
glacial et violent, que M. Adrien Monier, Premier Adjoint de Narbonne, fait
sonner le glas pour annoncer à la population consternée, le décès du Docteur
Ernest Ferroul. Celui que l'on appela partout, le médecin des petits et des
pauvres, ce redoutable adversaire de l'opportunisme, le tribun de la vie
ouvrière, est né au Mas-Cabardès, dans une famille relativement aisée, le
mardi 13 décembre 1853. Jeune orphelin de père, esprit ouvert, noble et
généreux, étudiant en médecine, il est conquis très tôt par les idées
socialistes.
Dès
l'école communale, au Mas-Cabardès, Ernest Ferroul se fait remarquer par sa
vive intelligence et sa grande mémoire. En classe de seconde, au Lycée de
Carcassonne, il applique les principes de justice et de liberté qui devaient
faire de sa vie un apostolat. "A 13 ans, élève du petit séminaire à
Carcassonne, il aurait craché sur la dalle tombale de Simon de Montfort, dans
l'église Saint-Nazaire : une sorte de revanche prise contre le chef de la
croisade anti-cathare. A 17 ans, il décrète dans ce même collège, "La
Commune Libre", comme à Paris ou à Narbonne, échappant à l'exclusion
grâce au catholicisme fervent de sa mère… qui connaît le père supérieur
et plus tard, il jettera son écharpe de maire du haut du balcon de la mairie de
Narbonne", note le professeur Georges Ferré, historien, auteur de "Ferroul,
ni Dieu, ni Maître[1]".
Avec
un remarquable article paru dans le n° 7 de "L'Effort", Eugène
Montel, avoue sa difficulté à résumer en quelques lignes la vie "si bien
remplie, toute d'activité trépidante et mêlée aux manifestations
intellectuelles, politiques et sociales", de M. Ernest Ferroul, le maire et
le médecin qu'il fut. Pour le chroniqueur, "aussi loin que l'on remonte,
c'est l'homme le plus représentatif de notre race méridionale, dont tous les
actes, tous les efforts, ont été voués, de façon continue, à notre
Languedoc[2]".
En
1880, le docteur Ernest Ferroul ouvre son cabinet médical dans la
sous-préfecture audoise et dès son installation, il collabore activement à
"L'Emancipation sociale", un hebdomadaire local créé par Paul
Narbonne. Rédacteur en chef de ce journal en 1883, il fustige dans ses articles
le capitalisme et le gouvernement de Jules Ferry. En 1888, il est élu député
au deuxième tour après le désistement de Marcelin Coural et siège à
l'Assemblée dans les rangs de l'extrême gauche. Il adhère au Parti Ouvrier
Français en 1889 puis 1891, il devient le premier maire socialiste de France,
année où il fonde la République Sociale, organe du Parti Socialiste du Midi.
En
1907, pendant les évènements viticoles, on le trouve aux côtés de Marcelin
Albert. Le 22 septembre 1907, il
est élu président de la Confédération Générale des Vignerons.
Le
19 juin 1910, pour la commémoration du troisième anniversaire des évènements
tragiques, Ferroul, le "Félibre rouge", prononce ces paroles du haut
du balcon de l'Hôtel de Ville devant une grande foule : "Les lois, qu'il
eut fallu nous envoyer à la place des fusils, c'est votre soulèvement
légitime et le sacrifice de ceux des nôtres qui sont tombés à la place même
où vous êtes, qui les arrachèrent au pouvoir. Nous allons ce soir amener ce
drapeau de la révolte et de la misère, certains que vous allez poursuivre sur
un autre terrain la réalisation complète de vos droits économiques. Nous
amenons ce drapeau et nous espérons que nous ne le verrons plus flotter ici.
Mais qu'on sache bien que nous sommes prêts à l'arborer de nouveau si les
circonstances l'exigent. Vers le passé, je salue nos morts ; vers l'avenir, je
salue le Midi libéré, le travail affranchi, la vigne sauvée". Le drapeau
noir qui depuis le soir du 10 juin 1907 flottait à la façade du Palais
municipal de Narbonne est enfin amené.
A
Narbonne, comme à Limoux, les élections municipales du 5 mai 1912 démontrent
que les luttes politiques ont repris de leur ancienne vigueur. Ferroul est
réélu en tête d'une "Liste de compétences", malgré les critiques
particulièrement vives de ses concurrents de la liste "Union Républicaine
et Intérêts Communaux", lesquels qualifiaient l'administration sortante
avec les termes d'imprévoyance, incurie, désordre, ignorance, sabotage,
pillage méthodique, déficit, emprunts inévitables, faillite certaine[3].
Maire
socialiste, franc-maçon, Ernest Ferroul fut un médecin au grand cœur qui
soignait les plus démunis, non seulement en ne réclamant aucune forme
d'honoraire, mais encore en laissant discrètement une enveloppe sur le chevet
de son pauvre malade à une époque
où la Sécurité Sociale n'existait pas.
Homme
public ou privé, médecin secourable ou chef d'un grand parti, député de son
pays ou maire de sa cité, tribun véhément entraîneur de foules, félibre
ardent ou président de la Confédération Générale des Vignerons, il marqua
toujours son activité généreuse d'une empreinte bienveillante, aux
caractères de fierté, de droiture et de bonté, apanage des fils de notre pays[4].
D'Ernest
Ferroul, la grande histoire n'a retenu qu'un combat, certes très emblématique
: celui de la révolte des vignerons du Midi réprimée dans le sang par
Clémenceau en 1907, quand le député-maire de Narbonne eut le culot d'adresser
un ultimatum au gouvernement et d'appeler à la désobéissance civique pour
défendre le vin naturel et le revenu des vignerons méridionaux contre les
fraudeurs.
C'est sous la municipalité de Robert Badoc, au cours de la délibération du 30 septembre 1975, que le Conseil, à l'unanimité, sur proposition de la commission désignée à cet effet, décide la dénomination de la Rue du Docteur Ferroul dans le Lotissement Monell.
© Gérard JEAN
http://www.vertigo-france.com/gastronomie/vins/histoire.asp
La fin des fraudes sur
le vin dans un bain de sang :
Durant
le siècle précédent, la fraude sur les vins n'a fait qu'amplifier malgré les
demandes répétés des vignerons pour que des lois mettant fin à cette
concurrence déloyale soient élaborées. Les fraudeurs qui utilisent du sucre
de betterave pour sucrer le vin ou qui le mouillent, vendent ce vin frelaté à
un prix très avantageux et portent un préjudice considérable aux vignerons. Enfin,
en 1905, une loi est votée. Elle est claire et répond bien au problème de
la fraude. Seul inconvénient: elle n'est pas appliquée. Paris a
d'autres préoccupations. Ce désintérêt du pouvoir central va conduire à la
révolte de 1907 et à ses événements tragiques.
Le mouvement, parti de l'Aude au printemps de 1907, s'étend rapidement. Des
hommes comme Louis Blanc qui dirige le journal le TOCSIN ou Ferroul, maire de
Narbonne, et Marcellin Albert membre du Comité d'Argeliers vont jouer un rôle
important.
En Juin 1907, près d'un million de personnes se réunit à Montpellier.
C'est l'épreuve de force avec le gouvernement de Clémenceau. Le pouvoir
central face à une opposition régionaliste très forte. Des bagarres éclatent
entre les forces de l'ordre et les manifestants.
Dans les jours qui suivent Clémenceau fait arrêter certains des leaders du
mouvement. Le 19 Juin, des soldats tirent sur la foule à Narbonne.
Quelques jours plus tard, un régiment composé de Languedociens se range du
côté des manifestants. Il s'agit maintenant d'un véritable soulèvement.
Clémenceau veut faire fusiller un révolté sur dix pour mater la rébellion.
Pour éviter un bain de sang, un général fait parvenir un message rassurant à
Clémenceau qui renonce à sa mesure criminelle. Louis Blanc, de son côté,
convainq les soldats de regagner leurs casernes.
Quelques jours plus tard, le 29 Juin 1907, une loi est votée à l'Assemblée.
Cette loi qui va plus loin que la loi de 1905 donne toute sa crédibilité au
métier de vigneron en traquant la fraude sous tous ses aspects. Elle oblige
à la déclaration en mairie des récoltes et des surfaces des vignes. Une taxe
est appliquée aux sucres et glucoses. Les pratiques licites sur les vins sont
énumérées, rendant par conséquent illicite les opérations non décrites. Les
vignerons ont finalement gagné leur combat au prix d'une révolte et de vies
humaines.
http://www.herault-tourisme.com/gastronomie/index.php3?id_gmenu=1924&code_menu=ga_vi_hi&langue=fr
Mais une série de calamités vont, en
quelques décennies, remettre en cause tout son devenir :
- En 1837, la pyrale constitue un sérieux danger.
- En 1850, l'oïdium atteint une grande partie du vignoble mais il est arrêté
par le soufre.
- A la fin du XIXe siècle, l'apparition du chemin de fer et la naissance du
prolétariat industriel, consommateur de vin à faible prix, se met en place une
production de vins industriels de basse qualité.
- Après le passage de l'oïdium, la misère viticole ne faisait que commencer,
car une des plus grandes calamités du siècle et qui devait durer deux décades
allait infecter le Languedoc, détruisant toutes les vignes sur son passage,
ruinant les vignerons, plongeant le pays dans le marasme le plus total : Le
phylloxera vestatrix.
Le Languedoc est à genou, au bord de la famine. Un grand nombre de paysans,
pour tenir, retournent à la polyculture. D'autres abandonnent tout et
s'expatrient en Algérie.
De 1900 à 1907, greffée sur des plants américains, la vigne produit beaucoup
alors que les caves souvent pleines sont concurrencées par les importations de
vins algériens. Le Midi en crise ne trouve pas de solutions à ses problèmes.
La misère s'accroît et va déboucher sur la révolte des "gueux",
des "jacques", des "bougres" en 1907.
Dès 1904 les premiers mécontentements sortent de l'ombre. Les ouvriers
agricoles dont le salaire est tributaire de la vente du vin voient leur pouvoir
d'achat diminuer de récolte en récolte. Les manifestations se multiplient, la
révolte gronde. Le vin ne se vend toujours pas à cause de la concurrence
étrangère et l'émergence des vins frelatés moins chers.
A partir du printemps 1907, les rassemblements vont se multiplier. On compte
100.000 manifestants à Narbonne, puis 150.000 à Béziers, 200.000 à
Carcassonne, 300.000 à Nîmes et enfin 800.000 à Montpellier le 9 juin. Le 19
juin, Ernest Ferroul, maire de Narbonne et instigateur de l'insurrection est
jeté en prison. Les fusils de Clémenceau crachent le feu : 4 morts et
plusieurs dizaines de blessés. On assassine le Languedoc, la viticulture est en
deuil.
Le 29 juin, Clémenceau fait voter quelques lois pour apaiser les esprits et
donner satisfaction à certaines revendications des viticulteurs. Les cours du
vin remontent légèrement. Il faut soigner la vigne, abandonnée depuis
plusieurs mois. Le travail reprend par la force des choses. Et la révolte
s'estompe...
La coopération se développe à partir de1914 avec la création des caves
coopératives et la constitution des syndicats d'ouvriers viticoles.
L'importation de vins étrangers augmente et fait chuter une nouvelle fois les
ventes des vins du Languedoc. Pour remédier à la crise, les gouvernements
utilisent les mêmes méthodes que dans le passé : arrachages des vignes,
interdiction de planter, distillation des excédents, etc.
Les viticulteurs utilisent les mêmes armes : Barrages de routes, de voies
ferrées, "journées ville morte", manifestations d'ampleur nationale,
etc. Les crises succèdent aux crises.
Mais le Midi viticole doit s'adapter à de nouvelles conditions de marché.
Depuis les années 1970, les modes de vie de la société moderne entraînent
des changements dans le comportement des consommateurs. Tout un ensemble de
facteurs qui tiennent à l'alimentation, à la conduite automobile, à l'effet
de mode, à une certaine forme de snobisme aussi, conduisent à une baisse
rapide de la consommation des vins ordinaires au profit des vins de qualité.
Le consommateur veut "boire moins mais boire mieux". Les viticulteurs
l'ont compris et plantent des cépages améliorateurs, se font assister d'œnologues
avertis, modifient leurs conditions de commercialisation et la promotion de
leurs produits.
Désormais, le Languedoc-Roussillon - qui est le plus grand vignoble du Monde -
propose des vins de grande qualité à des prix raisonnables et peut ainsi
rivaliser avec les grandes régions viticoles traditionnelles.
http://www.ifrance.com/marcelin-albert/
Patrice Vasseur-Dejonghe Président de l' " Association Marcelin Albert".Association culturelle pour le souvenir de l'Apôtre de la viticulture. |
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UN DESTIN HORS DU COMMUN...D'origine très modeste, issu d'une vieille famille argelliesoise, il consacre toute son existence à la vigne. Orphelin de père à 5 ans, il voue à sa mère un amour sans borne. Il fait quelques études à l'institution Montès de Carcassonne -établissement privé et non religieux comme on l'a affirmé- qu'il abandonne par obligation de travailler la vigne.Il s'engage en 1870 comme volontaire, bien qu'exempté au titre de fils aîné de veuve. Démobilisé, il rentre à Argelliers et se marie. Fervent républicain, il est élu conseiller municipal en 1881, mais ne se représente pas, écoeuré par la politique.Puis il tient un café et s'adonne aux plaisirs du dessin, de la musique et du théâtre. |
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"le plus ardent, le plus gênant, le plus solitaire des meneurs d'hommes" (Maître Claude Cals). |
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LE PRÉDICATEUR...Dès 1900, il fait la propagande du vin naturel et attire l'attention des pouvoirs publics sur la misère du Midi. Il veut réaliser l'union de tous : capitalistes et ouvriers, et cela au prix de plusieurs années de "prêche, bâton à la main et besace au dos", bravant intempéries, dédains et sarcasmes, négligeant ses propres intérêts. Répétant inlassablement : " Unissons-nous contre la fraude qui nous ruine et nous affame. Faisons trêve à nos discordes, délaissons la politique. N'ayons d'autres préoccupations que celle de l'intérêt commun." |
600 000 MANIFESTANTS...Il est enfin écouté et de 87 à Argelliers, ils sont plus de 600 000 à Montpellier le 9 juin 1907 à crier leur misère dans l'ordre et la dignité. Quel chemin parcouru par l'humble viticulteur, l'autodidacte, conduit à jouer les "Don Quichotte" en Terres cathares, à partir à la recherche de "l'impossible quête".INJUSTEMENT ACCUSE...Après la gloire, la disgrâce. On l'accuse, de s'être vendu à Clemenceau pour la modique somme de 100 frs, prix du billet de train lui permettant de regagner Argelliers et de se mettre à la disposition de la justice, somme qu'il restitue d'ailleurs dès son arrivée. Les argelliesois veulent le pendre à un platane. Il vit un calvaire : inscriptions injurieuses, chanson obscènes sous ses fenêtres, mise en quarantaine... Il est écarté de la création de la C.G.V. et on l'empêche d'assister au banquet des vignerons pour commémorer les évènements de 1907. Voulant se justifier, il demande à être jugé par ses pairs, en vain. Il écrit ses mémoires et reprend le travail de la vigne. Son seul réconfort est une souscription organisée par son ami Ernest Mallebay à Alger pour lui éviter la misère. Il est reçu en Algérie comme un héros. |
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"L'Apôtre, le Rédempteur, le Roi des gueux...""lou grand boulegaire dou brave pople de la terro" (Mistral). |
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http://raisonsdagir.org/rmj1.htm
Jean Jaurès
n'appartient qu'au peuple !
Discours de R-M Jennar à Maraussan (28 avril 2005)
Le 1 mai 1905, Jean Jaurès inaugurait la coopérative
viticole de Maraussan, dans l’Hérault, pas loin de Béziers. Pour célébrer
cet anniversaire, la municipalité a commandé une statue et préparé une
fête. La direction du PS a voulu récupérer cette manifestation au profit de
sa propagande en faveur du traité constitutionnel européen. Refusant cette
instrumentalisation, la municipalité a annulé la manifestation. François
Hollande maintient son meeting auquel il a convié Cohn-Bendit. Cette manœuvre
a suscité la colère à Maraussan. Un collectif s’est créé et il organise,
le 28 avril à 17H, une fête européenne pour le rejet du traité et des
pratiques politiciennes de ses défenseurs. Plusieurs orateurs sont annoncés.
Des artistes liront les textes des invités déjà engagés ailleurs. Ce
soir-là je parlerai à Amiens Voici le texte que j’ai préparé pour
Maraussan :
« Comme il le fit, ici même, le 1 mai 1905, je vous salue, Citoyens,
Citoyennes ! »
Jean Jaurès se disait « paysan cultivé ». Il fut l’élu des
mineurs et des verriers. Il fut le défenseur des vignerons du Midi. Il s’est
trouvé à leurs côtés face aux provocateurs, face aux policiers. Face aux
pierres lancées contre lui. Les hommes de l’atelier comme ceux de la terre
ont reconnu l’homme de conviction. Ils ont admiré son courage physique. Ils l’appelaient
« le Grand Jaurès. »
A l’heure du choix, au moment où il faut prendre parti, Jaurès ne s’est
jamais dérobé, il ne s’est pas séparé de ceux qui souffrent et qui
tremblent et il a choisi sa place dans les tumultes de l’Histoire en écrivant
: « Ici, sous ce soleil de juin 1793 qui échauffe votre âpre bataille,
je suis avec Robespierre et c’est à côté de lui que je vais m’asseoir aux
Jacobins. »
Ce fils de la Méditerranée à la culture immense ne reniait aucun aspect de
ses origines. Parlant de la « civilisation de la langue d’Oc », il
insistait : « pour que la langue méridionale cesse d’apparaître au
peuple comme un patois, c’est-à-dire comme une langue inférieure déchue des
hautes idées générales et des grandes ambitions, il convient qu’il apprenne
à goûter dans les chefs d’œuvre de la langue française la beauté
classique, et qu’il puisse ainsi reconnaître dans la littérature
méridionale renouvelée une forme originale, une expression distincte du génie
hérité de Rome et de la Grèce par la France totale, comme par la France du
Midi. »
Cet enfant du Midi connaissait les siens. Quand la révolte des vignerons
culmine avec les événements de juin 1907 Clemenceau, à Paris, la traite d’abord
par la dérision et le mépris. Jaurès déclare : « L’événement qui
se développe là-bas, et qui n’a pas épuisé ses conséquences, est un des
plus grands événements sociaux qui se soient produits depuis trente-cinq ans.
On a pu d’abord n’y pas prendre garde ; c’était le Midi et il y a une
légende du Midi. On s’imagine que c’est le pays des paroles vaines. On
oublie que ce Midi a une longue histoire, sérieuse, passionnée et
tragique. » Tragique en effet, puisque Clemenceau enverra à Narbonne la
troupe qui tuera.
Cet enfant du pays d’oc aimait la vigne et le vin. Le vin était selon lui la
« boisson nécessaire » qui devait « faire circuler dans les
veines de la démocratie française » une « liqueur qui contient la
force, qui contient la joie, qui ranime le travail défaillant et qui allège la
pesanteur de l’esprit sans en compromettre l’équilibre. » Il se
sentait proche aussi des vignerons. Le 1 mai 1905, à Maraussan, il inaugurait
la coopérative viticole. A cette occasion, il leur disait en occitan :
« Dans une vigne, des raisins contrariants et imbéciles dirent qu'ils ne
voulaient pas aller avec leurs frères qui se laissaient cueillir. On fit comme
ils le voulaient, et ce qui se passa, c'est qu'ils pourrirent sur souche, tandis
que les autres allèrent à la cuve, où ils firent le bon vin qui réjouit les
coeurs. Paysans, ne demeurez pas à l'écart. Mettez ensemble vos volontés, et,
dans la cuve de la République, préparez le vin de la Révolution
sociale! » « Dins la tina de la Republica, preparatz lo vin de la
Revolucion sociala ! »
Aujourd’hui, les sociaux-démocrates répètent à satiété que le
capitalisme a gagné et qu’il faut cesser le combat. Ceux que Jean-Pierre
Rioux dénomme « les installés de la gauche impuissante et
vaincue » prétendent une nouvelle fois instrumentaliser la figure de ce
socialiste pour l’éternité que demeure Jean Jaurès. Le premier secrétaire
du parti de l’abandon déclare que Jaurès aurait approuvé la Constitution
européenne qu’on veut nous imposer. La direction de ce parti a osé retoucher
la célèbre et belle photo de Jaurès au Pré-St-Gervais où il se tient à la
hampe du drapeau rouge. Ces manipulateurs ont repeint le drapeau rouge en
drapeau européen.
Flanqué de Cohn-Bendit, François Hollande a tenté de récupérer à des fins
partisanes l’émouvant témoignage de fidélité préparé par la population
de Maraussan. Sont-ils tombés si bas, au point de faire voter les morts, au
point de travestir l’histoire, au point de mépriser le geste de mémoire du
peuple de la vigne ! Que de médiocrité en face d’un géant dont ils n’atteindront
jamais ni la rigueur morale, ni le désintéressement, ni la force de
conviction, ni le courage !
Comment ce parti de la résignation ose-t-il dire que Jaurès aurait soutenu une
Constitution qui entend imposer pour des décennies une « économie de
marché où la concurrence est libre et non faussée » alors que Jaurès
craignait le pire « tant que dans chaque nation une classe restreinte d’hommes
possèdera les grands moyens de production et d’échange, tant que cette
classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la
concurrence illimitée ?»
Comment ce parti de la capitulation ose-t-il prétendre que Jaurès soutiendrait
une Constitution qui décide de « supprimer les restrictions aux
investissements étrangers » et qui décrète que « les restrictions
au mouvement des capitaux sont interdites » alors que Jaurès déclarait
au gouvernement qu’« une des conditions de l’action de la France face
aux puissances financières, c’est que vous en soyez les maîtres et qu’elles
ne soient pas les vôtres ? »
Comment ce parti qui est devenu, dans le débat sur la Constitution européenne,
le parti du mensonge – sur la démocratie, sur la laïcité, sur les droits
sociaux, sur les services publics, sur le système économique – ose-t-il
invoquer un Jaurès qui répétait « Le courage, c’est de chercher la
vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant
qui passe » ?
Comment ce parti, qui soutient la Constitution voulue par le MEDEF, ose-t-il s’approprier
celui qui déclarait « entre le capital qui prétend au plus haut
dividende et le travail qui s’efforce vers un plus haut salaire, il y a une
guerre essentielle et permanente » et qui ajoutait : « le socialisme
est la conscience de l’Europe » ?
Jaurès, nul ne l’ignore, était hanté par le danger de la guerre. Il a
prôné la paix entre les peuples, la paix entre les femmes et les hommes qui ne
vivent que de leur salaire, par delà les frontières. Le projet d’une Europe
supranationale n’était pas présent dans les débats d’avant 1914. Et le
drapeau rouge était celui d’une internationale de travailleurs dont il
espérait qu’elle puisse vaincre les nationalismes. De quel droit, les
dirigeants sociaux-démocrates d’aujourd’hui se permettent-ils d’effacer
le drapeau rouge ? De quel droit un parti politique se permet-il de s’approprier
un document historique et de le travestir ? De quel droit un appareil partisan
ose-t-il défigurer un moment aussi capital d’une vie ?
Jean Jaurès n’appartient pas à un parti. Il appartient au peuple.
Hier, Jacques Brel questionnait :
Demandez-vous belle jeunesse
Le temps de l’ombre d’un souvenir
Le temps du souffle d’un soupir
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Aujourd’hui, demandons-nous, Citoyennes, Citoyens : pourquoi tuent-ils encore
Jaurès ? »
Raoul Marc JENNAR
http://www.humanite.presse.fr/journal/1994-08-17/1994-08-17-531498
Le sud se met au rougeLE grand mouvement de révolte du Midi, c’était en 1907. Rien d’étonnant alors que la cuvée 94 de la Fête de l’Humanité, à l’espace Midi, se mette au rouge. Rouge comme le sang de la vigne, dont la culture traverse le pays de l’Atlantique à la Méditerranée.
Le Midi se met au rouge. Rouge, donc, comme la colère et la révolte. Pour garder intact son patrimoine culturel, contre, notamment, les injonctions européennes dont Balladur se fait le maître d’oeuvre en vue de l’arrachage de milliers d’hectares de plantation. Avec tout ce que cela signifie. Plus de vigne, plus de vin, et combien d’emplois induits en moins. Et, surtout, beaucoup d’indépendance nationale bradée. A y regarder de plus près, la chose n’est hélas pas nouvelle. Déjà lors de l’invasion romaine, en particulier sous la dictature de l’empereur Domitien, en l’an 92, un acte quasi précurseur de Maastricht avait rendu obligatoire l’arrachage de la moitié des superficies plantées en vigne, dans la Gaule, pour préserver les intérêts du vin made in Rome.
A l’espace Midi, on évoquera tout cela. Le vin aujourd’hui, les métiers de la vigne. Il y aura des pressoirs en action, des alambics en démonstration, des boissons des dieux en dégustation et, si le coeur vous en dit, à acheter pour enrichir sa cave personnelle. De la Gironde à la Dordogne, en passant par le Lot-et-Garonne, les Landes, l’Hérault, le Vaucluse, l’Aveyron, le Gard, l’Aude, les Pyrénées, le Var ou les Bouches-du-Rhône, le Midi se mettra au rouge et le fera savoir. Avec ses différents vins, évidemment, mais aussi tout ce qui peut accompagner leur dégustation. Là, on attend beaucoup des Landes, du Gers et de la Dordogne avec les foies gras ou la charcuterie dont ils ont le secret.
On dégustera, mais on discutera aussi. Des métiers, des hommes, des savoir-faire, et des remises en cause politiques de ces joyaux bien de chez nous. Il y aura des poètes, des vignerons, des oenologues, des cavistes. Bref, l’âme du Midi a rendez-vous à la Fête de l’Humanité pour une grand-messe, dont Aline Paillet, député européenne, sera la grande prêtresse et l’hôtesse des lieux.
Car l’histoire de la vigne et du vin, c’est un peu celle de l’humanité. Au fur et à mesure que l’Homme sortait de la nuit de la préhistoire, il se mettait, en effet, à cultiver la vigne en même temps qu’il semait les grains et qu’il domestiquait les animaux. Ainsi se répandirent les vignobles en Asie du Moyen-Orient, en Inde, en Egypte, en Grèce, en Arménie, en Palestine, en Syrie, en Italie, et dans la péninsule Ibérique. En Gaule, leur apparition date d’il y a 2.500 ans, grâce aux marchands grecs installés à Massilia, la future Marseille, puis dans la vallée du Rhône. Vinrent alors les légions de César qui allaient introduire la vigne dans l’ensemble du pays. Au XVe siècle, le vignoble se répartissait dans toutes les régions françaises. Certains vins, comme ceux de Bordeaux, étaient hélas entièrement acheminés en Angleterre. Ils ne seront découverts dans l’ensemble de l’Hexagone que bien plus tard.
Le vin, chose vivante, fragile, délicate. La nature fait d’abord son travail. Avec les vignes et ses cépages qui donnent le raisin. Il y a aussi le terroir. « Le vin, ce sang de la terre », a-t-on pu dire. Le vin sera imprégné des saveurs géologiques particulières. Le schiste ou le granit engendreront des produits tout autre que ceux des sols argilo-calcaire. Le basalte transmet son goût de lave, tandis que les fonds siliceux enfantent les vins légers. Il y a aussi le ciel, puisqu’on dit du vin qu’il est aussi fruit du soleil. Mais il y a, par-dessus tout, les hommes. Seul le bon vigneron fait le vin bon. Savoir-faire greffant la technique sur les acquis éprouvés, éveil constant durant les phases de la cuvaison et du vieillissement, tact et sensibilité dans chaque intervention. Une sorte d’intimité biologique s’établit entre le vigneron et le vin, lequel acquiert alors son air de famille.
A l’espace Midi, on pourra tout savoir. Il suffira de le demander. Sur les vins rouges, les rosés, les gris, les blancs, les jaunes et même les verts. Idem pour le caractère, le corps, la robe ou les trois bouquets. Et puis on évoquera les problèmes de production et de commercialisation. En particulier, le développement typiquement français de la structure coopérative, née précisément après le grand mouvement de révolte de 1907. Actuellement, on dénombre près de 1.200 coopératives vinicoles ou caves coopératives, regroupant 250.000 viticulteurs, et traitant plus de 50% de la production globale des vins. En réalité, la première cave coopérative fut créée en 1901, par les vignerons de Maraussan, dans l’Hérault.
Parler du vin, c’est donc désormais parler de la France. Certes, il existe de très grands crus dans d’autres pays. La Hongrie, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, la Suisse ou l’Italie. Même les USA s’y mettent. Mais nulle part au monde, un pays ne peut offrir un gamme de vins aussi étincelante. Le monde a donc rendez-vous à l’espace Midi.
http://www.lexpansion.com/art/0.0.59203.0.html
Lieu de mémoire : Le Midi rouge
Depuis la grande révolte de 1907, la ceinture viticole - et socialiste - qui va de Nîmes à Perpignan est une terre d'embrasements.
à Narbonne, une dalle gravée sur la place de l'hôtel de ville rappelle aux passants les manifestations tragiques de vignerons, les 19 et 20 juin 1907. A Béziers, une plaque vissée sur la façade du théâtre municipal rend hommage aux « glorieux soldats du 17e », qui ont désobéi à Clemenceau qui leur intimait l'ordre de mater la révolte du Midi rouge. A Montredon-des-Corbières, début mars, entre deux manifestations musclées et un appel aux pouvoirs publics, le Comité d'action viticole, à nouveau en ébullition, rendait hommage aux victimes des violents affrontements de 1976.
1907-1976-2002... De la première révolte des vignerons à la dernière flambée de colère de leurs héritiers, la région qui s'étend de Montpellier à Perpignan vit toujours au rythme de ses vignes : elles représentaient 27 % du vignoble français en 1900 ; en 2001, le Languedoc-Roussillon a fourni 20 des 56 millions d'hectolitres de la production française, plus du tiers. Et, depuis un siècle, les viticulteurs du Midi voient revenir comme les saisons les crises de surproduction et l'effondrement des prix, dont ils rendent responsables les fraudeurs, l'Etat (ou l'Europe), la concurrence venue de l'étranger.
En 1907, cela fait déjà trois ans que les cours dégringolent. Depuis l'épidémie de phylloxéra qui a ravagé les vignes de la région à la fin du xixe siècle, tout a été replanté avec des ceps venus d'Amérique. Mais leur culture est plus coûteuse, et la plupart des exploitants privilégient les plants à hauts rendements. Résultat : une crise de surproduction qui ruine d'abord les plus petits, incapables de rembourser. La concurrence des vins d'Algérie et la fraude généralisée - nombre de négociants mouillent, sucrent ou mélangent les vins - ajoutent au ressentiment.
Au printemps 1907, tout est en place pour l'embrasement du Midi rouge, cette grande ceinture méridionale où l'on soutient le régime républicain en votant socialiste ou radical contre le drapeau blanc des royalistes. Le mouvement a un point de départ - le village audois d'Argelliers -, et un héraut - Marcellin Albert, cafetier et vigneron de 56 ans - qui mobilise grands et petits propriétaires en courant sus aux fraudeurs. Les manifestants se retrouvent chaque fin de semaine dans un lieu différent, chaque fois plus nombreux : ils sont 10 000 à Coursan le 14 avril, 150 000 à Béziers un mois plus tard, et 600 000 à Montpellier le 9 juin.
Devant le silence du gouvernement, Albert décrète la grève de l'impôt et appelle à la « démission des municipalités dans les départements fédérés » (Aude, Gard, Hérault et Pyrénées-Orientales). Alors que des dizaines de communes le suivent, Georges Clemenceau, président du Conseil, envoie la troupe contre ceux qui se sont eux-mêmes baptisés les « Gueux ». La brutalité de la répression culmine à Narbonne les 19 et 20 juin, lorsque six civils tombent sous les balles des soldats. Quelques jours plus tard, le gouvernement promulgue une loi antifraude. Le docteur Ferroul, maire socialiste de Narbonne, devient le premier président de la Confédération générale des vignerons du Midi, dont la création marque la fin de la jacquerie et la naissance de la tradition coopérative de la viticulture méridionale.
Aujourd'hui, à Narbonne, Ferroul est un colosse de bronze et, sur le socle d'un monument que les municipalités du Midi rouge réservent d'ordinaire à Jean Jaurès, on peut lire l'hommage au « tribun véhément entraîneur de foules [...] qui servit avec ferveur [la terre d'oc] ». Plus loin, sur les murs du palais des Archevêques, une inscription en quatre langues explique aux touristes que, « par leur action, les vignerons du Midi ont imposé la création de leurs organisations professionnelles et la mise en place d'une législation viticole, incluant d'efficaces moyens de contrôle pour la production et la commercialisation du vin naturel ». Le combat des Gueux de 1907 reste ainsi une éternelle référence pour les générations de viticulteurs qui leur ont succédé. Dans les années 70, alors que l'Europe viticole se met en place dans la douleur, les comités d'action créés en 1961 mènent à leur tour la révolte, marquée elle aussi par un épisode tragique : en 1976, un CRS et un viticulteur sont tués à Montredon (Aude) au cours d'une manifestation qui finit en fusillade.
Depuis quelques mois, les hauts lieux du Midi rouge revivent les temps de crise et de colère. Confrontés à l'effondrement des cours et à la concurrence des vins venus, cette fois, d'Amérique latine et d'Australie, une majorité des 40 000 viticulteurs que compte aujourd'hui le Languedoc-Roussillon réclament la mise en oeuvre des mesures d'aide à la restructuration du vignoble et à la distillation, qui permettrait d'écouler les excédents. Ils ont bloqué les péages de l'autoroute qui passe au milieu des vignes, incendié des pneus sur les voies ferrées, saccagé les locaux d'un négociant soupçonné de fraude. A Béziers, le 16 janvier, une manifestation s'est terminée dans les fumées lacrymogènes. Elle avait démarré devant le théâtre municipal, au bout des allées Paul-Riquet, ces Champs-Elysées du Languedoc où, en 1907, les soldats du 17e avaient fraternisé avec les vignerons du Midi rouge.
http://www.lacitoyennete.com/magazine/retro/vignerons.php
RétroMarcelin Albert lance un appel au
calme, avant de partir pour Argeliers, inquiet devant des lendemains qu'il
ne maîtrise plus.
http://perso.wanadoo.fr/acap.cruzy/fr/musee/frame_musee_viticulture.htm
http://www.sommieresetsonhistoire.org/SSH/article.php3?id_article=29
Depuis des années, le monde agricole est en crise. Episodiquement il manifeste sa détresse par des flambées de colère qui s’allument ici et là. Les viticulteurs, principalement les viticulteurs méridionaux, sont particulièrement touchés par la crise. Pour faire connaître leurs craintes pour leur avenir et attirer l’attention des pouvoirs publics, ils dressent des barrages sur les routes et voies ferrées, ils brûlent des pneus, mettent à mal les bâtiments administratifs, en viennent aux mains avec les forces de sécurité.
Sommières a vu se dérouler cette année l’une de ces manifestations : melons déversés sur le pont, bris de bouteilles de vins dans un super marché, etc....
Face à ce déchaînement de violences provoqué par l’angoisse qui étreint le monde agricole, en présence de cette contestation de l’Etat centralisateur, on constate que la situation n’a guère évolué depuis la crise viticole qui, en 1907, provoqua la révolte des vignerons.
Il m’a paru intéressant de revenir quatre vingt cinq ans en arrière pour voir ce qui s’est passé à cette époque, et retracer les événements graves survenus alors et qui sont oubliés, voir ignorés, de la plupart de nos concitoyens.
LES RAISONS DE LA
CRISE
En ce début de siècle, dans les départements méridionaux du Gard, de l’Hérault,
de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, dont la principale ressource est
la vigne, le vin se vend mal, toute l’économie de la région s’en
ressent, dans la plupart des foyers la misère rode, rien n’est prévu
pour venir en aide aux travailleurs, les caisses de sécurité sociale et
d’allocations familiales n’existent pas.
Comment en est-on arrivé à cette
triste situation ?
Les causes sont multiples :
La principale peut-être, mais inavouée par les viticulteurs est la
production excédentaire de vin, les vignes sont jeunes et l’aramon
produit « des torrents de pinard » que l’on ne peut plus
écouler sur le marché.
Quelques années auparavant un fléau avait déjà frappé la
viticulture : le philloxéra. Il était apparu pour la première fois
en France, en 1863, du côté d’Arles. En vingt ans l’essentiel du
vignoble du Gard et de l’Hérault avait été rayé de la carte. Un
botaniste, Planchon, découvre l’origine du mal, un puceron : le
philloxéra qui se développe sur les racines de vignes. Le remède, on le
connait : greffage sur les plants américains ou culture en plaine
inondable, comme cela se pratique encore dans quelques secteurs de l’Hérault.
Cette destruction avait raréfié la production de vin qui du fait d’une
forte demande se vendait bien : jusqu’à 42 francs l’hectolitre
en 1880.
Pour faire baisser les cours on
diminue la distillation, on pousse aux importations et à la fabrication
de vins « artificiels ».
Parralèlement, à l’incitation du gouvernement, les vignes malades sont
arrachées et l’on replante. Chacun se précipite : gros
propriétaires terriens, petits viticulteurs, ouvriers agricoles. Les
terres incultes sont défrichées, les uns et les autres investissent pour
planter et greffer, et faute d’argent, le plus souvent, s’endettent
pour plusieurs années, comptant sur la vente de vin pour se renflouer.
Avec la production qui augmente, les
cours vont s’effondrer. En 1899 l’hectolitre ne valait plus que 19 F,
en 1990 : 11 F, en 1904 : 7 F et 6 F en 1905.
Le prix des terres connait un sort identique, en quelques années il chute
de 50 % dans le Carcassonnais, de 80 % dans le Narbonnais et de 90 % dans
le Biterrois.
Le parlement aggrave encore la situation en votant deux lois
inopportunes :
Il modifie le statut des bouilleurs
de cru, rendant impossible la liquidation des stocks par distillation.
La deuxième loi, la plus impopulaire, est votée à l’instigation des
députés « betteraviers » du Nord : elle supprime les
taxes sur le sucre et rend possible la chaptalisation des piquettes et
autres mélanges étonnants. Le manque de services médicaux ou
vétérinaires spécialisés facilitent la fraude.
Voici une recette d’alors pour fabriquer du vin :
Dans un fût défoncé, mettre un
kilo d’acide tartrique, un kilo d’acide citrique, un kilo d’acide
sulfurique. Jeter dessus un ou deux litres d’eau froide pour éviter....
l’explosion (sic) puis mettre 60 litres d’eau bouillante, bien agiter
avec un bâton et jeter dedans 100 kgs de sucre. Remuer une demi-heure. Le
sirop obtenu est prêt à employer, on y ajoute (quand même !) 6
hectos de vin. Le grossiste délaye ce mélange jusqu’à 3 fois son
volume et voilà du vin prêt à être distribué dans les grandes villes,
à l’Armée ou à l’Assistance Publique. Une variante de la
recette : parfois au lieu d’ajouter du vin on fait tremper dans
cette mixture des raisins secs de Grèce ou de Turquie.
On rapporte cette anecdote concernant un « gros » négociant
en vin qui à son lit de mort fait appeler son fils pour lui livrer un
important secret « Sabes pichòt, se fai de vin amai embé de rasin »
(tu sais mon fils on fait du vin aussi avec du raisin).
LES CONSEQUENCES DE
LA CRISE
Devant l’abondance de vins de toutes sortes, la récolte de 1906 ne
trouve pas d’acheteurs. Les caves coopératives sont inexistantes, les
exploitations sont le plus souvent petites et très morcelées. Pour
vendre leur vin les viticulteurs sont inorganisés (ils le sont encore de
nos jours). Les gros négociants maintiennent les prix à leur guise et,
bien sûr, au plus bas. Dès lors, c’est la ruine de tout un peuple de
petits récoltants qui, pourtant, avaient été encouragés fiscalement
par l’Etat, une dizaine d’années plus tôt. Ils ne peuvent plus
rembourser les dettes contractées, ni payer leurs impôts.
Dans une seule commune de la Vaunage, plus de cinquante propriétaires
sont sous le coup des saisies par le percepteur « le journal du
Midi » (5 Mars 1907).
Les viticulteurs constituent essentiellement le tissu économique des
villages méridionaux. Le commerce local subit les conséquences de la
crise : les charrons, bourreliers, maréchaux-ferrants, merciers et
épiciers disent qu’on ne les paie pas. A peine paie-t-on le boulanger,
sinon il ne ferait plus de crédit.
C’est le marasme le plus complet, les conditions de vie déjà
difficiles dans les campagnes, s’aggravent, « les hommes se
découragent, les jeunes filles privées de dot renoncent à s’établir,
les salaires subissent la dépréciation générale, le chômage se
multiplie, les villages se dépeuplent, et les villes regorgent d’hommes
que l’industrie est impuissante à occuper. »
LA PETITION DE 1905
En 1905, depuis quelques années déjà la situation de la viticulture
méridionale est préoccupante, voire précaire. A Argelliers, petit
village de l’Aude, dès 1903, un homme, Marcellin Albert, cafetier de
son état, mais exploitant également quelques vignes s’est ému de
cette situation.
Au mois d’Août 1903, année où la récolte s’annonce très mauvaise,
lors d’une réunion publique tenue dans un théâtre, il explique que la
suspension de la loi sur les alcools permettrait, en distillant la moitié
de la récolte de relever les cours. Il s’en prend également à la loi
sur le sucrage proclamant en langage imagé que c’est « la petite
fissure par laquelle passera l’éléphant capitaliste qui, sous peu de
jours, viendra inonder nos marchés de vins artificiels au détriment de
produits naturels ».
Les vignerons d’Argelliers, à l’unanimité, votent une motion
réclamant l’abrogation de la loi sur le sucrage et le rétablissement
du privilège des bouilleurs de cru. Ils demandent aussi une nouvelle loi
pour interdire la fabrication et la mise en vente de tout ce qui n’est
pas vin naturel et invitent tous les viticulteurs à s’unir à eux pour
protester et lutter de toutes leurs forces pour le salut de la
viticulture. Marcellin Albert et ses amis ne semblent pas avoir été
entendus. Ne voulant pas rester sur un échec, en 1905, il fait circuler
à Argelliers et dans les villages des environs une pétition qui
recueille 400 signatures et est ainsi libellée :
« Les soussignés, décident de poursuivre leurs justes
revendications jusqu’au bout, de se mettre en grève contre l’impôt,
de demander la démission de tous les corps élus et engagent toutes les
communes du Midi et de l’Algérie à suivre leur exemple aux cris
de : vive le vin naturel ! A bas les
empoisonneurs ! ».
MARCELLIN ALBERT
On ne peut pas aborder la révolte des vignerons de 1907 sans évoquer
celui qui en fut l’âme : Marcellin Albert.
Né le 29 Mars 1851 et orphelin de père à cinq ans, il fréquente l’école
d’Argelliers, son village natal, puis une institution religieuse à
Carcassonne. A seize ans il abandonne ses études pour venir aider sa
mère à exploiter la modeste pro-priété familiale.
Quoique dispensé de toute obligation militaire, comme fils de veuve, il s’engage
au 2e tirailleur en 1870, pour la durée de la guerre. Affecté à
Mostaganem, il participe à la campagne de Kabylie. Revenu à Argelliers,
Marcellin Albert qui a conservé de ses années passées au pensionnat
Carcassonnais un goût prononcé pour le dessin et le théâtre, régale
ses concitoyens de représentations diverses qu’il monte avec ses
amis : « Ruy Blas », « Marceau ou les enfants de la
République », il peut extérioriser ainsi son goût pour les belles
tirades. On le rebaptise « Marceau » en souvenir de son rôle,
mais aussi « lou cigal » (tête folle) plus tard on le
surnommera « l’Apôtre de la viticulture » ou « le
Rédempteur ».
En 1907 il a 56 ans , c’est un petit homme sec, maigre, au teint mat,
barbu, atteint d’une calvitie précoce, aux yeux perçants. Fougueux et
impétueux il est doté d’un incontestable talent d’orateur. Toujours
correctement vêtu, il arbore aux grands jours redingote noire, chapeau
haut de forme et se cravate de blanc.
Il réunit autour de lui, de braves gens tels que Senty, le docteur du
village, Louis Blanc, le pharmacien auxquels après avoir fait partager sa
passion pour le théâtre il fait partager ses idées sur l’avenir de la
viticulture.
LA COMMISSION D’ENQUETE
PARLEMENTAIRE
Au Parlement, les députés des départements viticoles du Midi ont
évoqués à plusieurs reprises la situation précaire de leurs
concitoyens. En Janvier 1907, un grand débat se déroule, au sujet de la
viticulture et une commission est désignée pour étudier les problèmes
posés. Cette commission est présidée par Mr Cazeaux-Cazalet
député républicain de la Gironde.
Elle vient d’abord de Nîmes les 6, 7 et 8 Mars puis se rend à Narbonne
le 11 Mars.
Pendant ce temps à Argelliers on s’agite. En Février une lettre
signée par une cinquantaine de vignerons a été envoyée au député
Jules Razimbaud, et Marcellin Albert a même adressé une dépêche à
Clemenceau qui est à la tête du Gouvernement.
Des réunions ont lieu à Argelliers et à Ginestas. Marcellin Albert
propose de se rendre à Narbonne pour faire entendre la voix de la
viticulture méridionale auprès de la commission d’enquête.
Le 11 Mars au matin, précédés par un clairon et deux tambours qui
rythment leur marche, 87 gaillards du petit village d’Argelliers se
rendent à pied, faute de voitures, jusqu’à Narbonne pour rencontrer
Cazeaux-Cazalet et sa commission.
Dans les villages traversés ils entonnent « la Marseillaise des
viticulteurs » :
« Pour affirmer nos droits de
vivre,
Fils du Midi assemblons-nous,
Les fraudeurs à la mort nous livrent,
Qu’ils redoutent notre courroux. »
Les gros propriétaires et les
maires des villages des environs n’ont pas voulu se compromettre avec
ces « gueux » ouvriers agricoles ou petits propriétaires et
que le Docteur Ferroul, maire de Narbonne nomme « ces fous d’Argelliers
et cet imbécile d’Albert ». Il changera d’avis lorsque deux
mois plus tard ces 87 seront devenus 80 000, lors de la manifestation à
Narbonne.
En préambule, Marcellin Albert déclare à la commission :
« Nous ne sommes pas des perturbateurs, mais des miséreux qui
venons apitoyer sur notre situation la commission d’enquête. »
Il dénonce la loi sur le sucre, les intermédiaires parisiens de Bercy,
les importations croissantes de vins étrangers.
Cazeaux-Cazalet, à la fin de l’entretien, a ces paroles
rassurantes : « Au nom de mes collègues, je vous promets que
nous ferons tout pour que vous ayez satisfaction. »
De retour à Argelliers, Marcellin Albert et ses amis ne restent pas
inactifs. Ils créent « un comité de défense viticole » dont
Marcellin Albert est élu président. Ils vont fonder aussi un
journal : « Le Tocsin » qui appelle au rassemblement. L’éditorial
du numéro un est le suivant : « C’est le Tocsin ! A l’aide
paysans ! A l’aide vignerons ! Il faut défendre votre
exis-tence, et le tocsin sonne au rassemblement ! »
Les hommes du Comité de Défense se présentent ainsi aux lecteurs :
« Qui nous sommes. »
« Nous sommes ceux qui travaillent et qui n’ont plus le sou, nous
sommes les proprios décavés ou ruinés, les ouvriers sans travail ou peu
sans faut, les commerçants dans la purée ou aux abois. Nous sommes ceux
qui crèvent de faim !
La phrase « nous sommes ceux qui crèvent la faim » revient
comme un leitmotiv à la fin de chaque paragraphe.
« Qui nous sommes » est une présentation lyrique des hommes
et de la misère. C’est l’article qui marque ce premier numéro du
« Tocsin ».
Pour se faire connaître dans la région le comité de Défense Viticole
décide d’organiser des réunions. Il se rend au village voisin de
Salleles d’Aude le 24 Mars. Le 31 Mars une réunion à Bise rassemble
600 personnes. Le 7 Avril, à Ouveillan ils sont 1 000. La semaine
suivante à Coursan, le 14 avril, 5 000 personnes assistent à la
réunion. Le mouvement commence à faire rapidement « boule de
neige ».
Le 21 Avril, à Capestang, 10 à 15 000 participants sont présents. On
relève les premiers incidents le 25 Avril à Cour-san à l’occasion d’une
saisie. Les villes où se tiennent les rassemblements « les
meetings » comme on les appelait dans la presse sont de plus en plus
importantes. Le 28 Avril, à Lézignan accueille 20 000 personnes. Le
dimanche sui